FFVolley le 10 décembre 2025

FFVolley le 10 décembre 2025

L’interview bleue : Elouan Chouikh-Barbez et Joadel Geneviève Gardoque

Ils ont écrit le dernier chapitre de la très belle année du beach-volley français en 2025. Elouan Chouikh-Barbez et Joadel Geneviève Gardoque sont devenus dimanche la deuxième paire tricolore à remporter un tournoi Elite 16, le plus haut niveau de compétition sur le Beach Pro Tour, à Itapema (Brésil). A leur retour en France, après un long voyage, les deux jeunes joueurs (23 et 22 ans) ont pris le temps de raconter leur performance, qui vient récompenser le travail effectué ces derniers mois avec le staff.

Comment vous sentez-vous après cette médaille historique à Itapema ?
Elouan : C’est encore difficile à réaliser, parce qu’on n’a pas encore vu tout le monde, tous les proches, tous les coachs (l’entretien a été réalisé mardi, ndlr). On était sans coach au Brésil, même s’ils ont construit nos plans de jeu et étaient à notre disposition. On n’était que tous les deux au Brésil, et là on est encore sur notre petit nuage, sans trop réaliser ce qu’on a fait.
Ce tournoi était seulement le deuxième Elite 16 auquel vous participiez, après Le Cap, quel était votre objectif en arrivant là-bas ?
Joadel : Quand on est arrivés sur place, on était seulement en qualifications. On voulait se qualifier pour le main draw et faire de bons matchs. Et après, les Anglais se sont désistés, ce qui nous a donné une place dans le main draw, mais on n’a jamais eu d’objectif de résultat sur la compétition, cela a toujours été un objectif de performance : chercher à faire de bons matchs contre de bonnes équipes, présenter un niveau de jeu correct et cohérent avec ce qu’on a fait toute la saison, vouloir exprimer notre manière de jouer et notre identité d’équipe.
Elouan : C’était le dernier tournoi de l’année, qui n’était pas forcément prévu à la base. Mais on voulait le faire, pour gagner des points pour l’année prochaine, prendre de l’expérience, et confirmer la saison qu’on avait fait jusque-là. On avait eu quelques matchs références, qu’on ne gagnait pas forcément. Ce tournoi a été un déclic.
A quel moment avez-vous décidé d’aller là-bas ?
Joadel : Quand le tournoi est sorti, on a tout de suite voulu le faire. Mais il fallait voir si c’était en cohérence avec la programmation, au niveau des points, et des performances qu’on allait réaliser sur les deux tournois d’avant qui étaient Nuvali et Le Cap (en octobre, ndlr). A la fin de ces deux tournois, on a décidé que c’était une bonne opportunité d’aller au Brésil. On s’est préparé pendant que les autres équipes étaient au championnat du monde (Rémi Bassereau/Calvin Ayé et Téo Rotar/Arnaud Gauthier-Rat, ndlr). On savait qu’on serait tous seuls sur ce tournoi. Mais c’était aussi le plan voulu par Elmer (Calvis), notre coach, pour qu’on puisse vivre une telle expérience, évoluer, et prendre de la maturité, sans avoir de coach sur le banc. Il voulait qu’on soit en totale gestion de notre équipe, et qu’on montre que cette saison nous a permis d’acquérir de l’expérience, qu’on montre ce que l’on vaut. Je pense que cela a plutôt bien marché, c’est génial.

« Sur toute la saison, on a été sur une pente ascendante »

Est-ce que vous avez joué votre meilleur beach de l’année sur ce tournoi ?
Elouan : On est monté crescendo dans la compétition. Sur les deux premiers matchs de poule, on fait de très bons matchs, mais avec ce qui a pu faire notre faiblesse cette saison, le fait de ne pas être assez consistant sur tout un match. On a eu un match déclic contre les Italiens, le premier match de play-off, pour passer en huitièmes. On s’est fait peur, parce qu’on fait un super match en bloc-défense, mais on a du mal à conclure le match sur nos opportunités. Derrière, on a su combiner, relier le secteur défensif et notre side-out, pour être consistant sur tout le match, c’est ce qui a fait notre force sur les quatre derniers matchs. On a été consistant de A à Z, du premier au dernier point, sur tous les secteurs de jeu. C’est ce qu’on a recherché toute la saison, ça fait plaisir de faire des matchs comme ceux-là.
Joadel : Pour moi, on n’a pas joué notre meilleur beach-volley. Sur toute la saison, on a été sur une pente ascendante, en progression, et ça se voit sur notre manière de jouer. Je pense qu’on a beaucoup progressé physiquement aussi, sur notre endurance musculaire, notre hauteur d’intervention. Mais surtout, comme l’a dit Elouan, on a eu des moments dans la saison où on était très forts, comme lorsqu’on joue Ehlers/Wickler (défaite au tie-break à Baden, ndlr) ou Perusic/Schweiner, où on fait de supers sets, mais on a des moments de trou qui nous coûtent le match. Contre les équipes du Top 10 ou 15 mondial, cela ne passe pas, car ces équipes ont la capacité de maintenir un niveau élevé sur toute la durée d’un match. Si on perd le fil, on est beaucoup moins performant. Sur cette compétition, c’est le point sur lequel on s’est beaucoup concentré. Même avant la compétition, déjà, avec notre préparateur mental. On voulait essayer de trouver des outils pour que, quand il y a des temps faibles, ce qui arrive à toutes les équipes, on puisse réduire ce temps faible. Au lieu de prendre quatre ou cinq points d’affilée, n’en prendre qu’un ou deux. Et ensuite, continuer de travailler sur l’équipe adverse pour aller chercher un bloc-défense ou un ace, créer des incertitudes. Quand on a eu ce match contre les Italiens, où on s’est fait super peur, on a compris l’intensité qu’il fallait mettre, à quel moment il faut réguler. Derrière, on a réussi à dérouler, à mettre sous pression nos adversaires.
Ensuite, en demi-finale, il vous est arrivé une petite mésaventure avec ce ballon qu’Elouan reçoit en pleine tête. Que s’est-il passé ?
Elouan : On gagnait un set à zéro, il y avait environ 13-10 pour eux dans le deuxième. On sert sur André, un joueur très expérimenté, super fort. Il monte à l’attaque, je monte au bloc, et il me met une cartouche en pleine figure, j’en ai encore les traces (rires). Sur le coup, je suis un peu désorienté, je n’ai plus de lunettes, plus de casquette. La balle me revient dessus parce que “Jo” fait la relance, je lui fais la passe et finalement on gagne le point. Mais après je m’écroule, je vois que je saigne du nez, j’étais vraiment sonné pendant une minute ou deux. On a pris un temps mort médical. Pendant les cinq minutes, je me suis fait soigner, mais on a pu souffler aussi. C’était une période du match où il faisait super chaud, physiquement ça commençait un peu à tirer, avec tous les matchs précédents dans les jambes. Ce temps mort nous a permis de déconnecter et de se régénérer. A partir de là, on est revenus avec les mêmes intentions, mais avec plus de ressources physiques pour entamer la fin de set et le tie-break. Finalement, c’est un peu le tournant de notre demi-finale.
A ce stade du tournoi, vous n’aviez plus rien à perdre ?
Joadel : Alors non, justement, on n’a jamais abordé les matchs de cette manière. Sur toute la saison, peu importe l’adversaire, on ne s’est jamais dit qu’on allait jouer d’une façon différente. Ce serait aborder le match en position de faiblesse. On est une équipe, on connaît notre valeur. On s’entraîne avec deux bonnes équipes de France qui font de gros résultats. On a un super staff qui nous pousse à être meilleur chaque jour. Donc on ne pense pas à l’adversaire, on pense juste à faire notre boulot, à faire en sorte de gagner tous les matchs. Je n’aborde pas un match en me disant que l’adversaire est plus fort ou plus faible que moi.
Vous avez donc gardé la même approche pour la finale contre les Lettons Plavins/Fokerots, champions d’Europe 2024 ?
Elouan : On n’a pas regardé leur palmarès. On savait que c’était un jeune très prometteur, plus jeune que nous, et un joueur d’expérience, qui a remporté plusieurs médailles. On était sur notre dynamique, on prenait les matchs comme ils venaient, décontractés, on était juste là pour jouer au beach-volley.
Joadel : On avait la même préparation pour chaque adversaire. On ne s’est pas dit : “Eux ils sont champions d’Europe, etc” On a regardé leurs matchs, surtout ceux qu’ils ont perdu, on a essayé de voir ce qu’ils n’ont pas très bien fait, pour repérer des faiblesses, appuyer dessus, et se battre comme des fous. Ensuite, le résultat viendra après. Contre chaque équipe, on s’est tenu à la même intensité. On voulait imposer notre dynamique d’équipe chez l’adversaire, notre rythme de jeu.
Elouan : On savait aussi que les Français sont un peu la bête noire de cette équipe. Ils ont souvent perdu. On savait que les coachs avaient la tactique sur les deux joueurs. Et c’est nous qui avons pris la décision de servir plutôt sur le plus jeune. Quand on joue sur le plus vieux, ils peuvent jouer en première intention, sur des deuxièmes mains, on voulait enlever cela, et essayer de faire craquer le plus jeune. On avait tous les outils en main, avec les plans de jeu des coachs, on a fait notre choix sur le banc, dix minutes ou un quart d’heure avant le match, pour savoir qui on allait vraiment viser.
« On a super groupe d’entraînement »
Ce qui frappe, c’est que ce résultat apparaît comme une surprise, mais finalement, on comprend qu’il est le fruit de tout votre travail…
Joadel :
La force de nos coachs, sur cette année, c’est de nous avoir appris que le sport ne fonctionnait pas forcément étape par étape. Pour certains, cela peut être le cas, ils peuvent se dire : “J’ai passé un huitième de finale en tournoi Challenge, la prochaine étape c’est un quart de finale”. On pensait beaucoup comme cela avant de travailler avec ce nouveau staff. Maintenant, quand on joue, notre objectif principal est de faire les meilleurs matchs possibles. Car on sait que quand on joue bien, on est capable de battre beaucoup d’équipes. Notre but, c’est de mettre en place notre style de jeu avec beaucoup de variations, qui embête les adversaires. On est une équipe assez patiente, qui ne baisse pas les bras et se bat sur chaque ballon. Je pense qu’on est une équipe assez “chiante” à jouer. On aborde chaque match de la même façon. C’est ce qui nous enlève aussi de la pression. On ne réfléchit pas au fait d’être outsider ou favori. On essaye de mettre en place notre meilleur beach-volley, notre bloc-défense, notre side-out, de servir dans les bonnes zones, etc… Le résultat est la somme de tout ce qu’on aura mis sur le terrain face à chacun de nos adversaires.
Cette année 2025 est historique pour le beach-volley français. En quoi les résultats des autres paires bleues vous ont-ils aidé ?
Elouan : On a super groupe d’entraînement depuis maintenant un an, avec Rémi et Calvin (Bassereau/Ayé), Téo et Arnaud (Rotar/Gauthier-Rat), plus Arthur (Canet) et Keran (Duval) qui sont arrivés dans le groupe. On a vraiment un groupe solide, où on se met “sur la gueule” à chaque entraînement. On se pousse vers le haut. Quand on fait des oppositions, c’est tout le temps serré. Quand on les voit performer, d’abord Téo et Arnaud en début de saison avec des médailles en Challenge, puis Rémi et Calvin ensuite, toutes ces médailles nous font dire : “Si on peut rivaliser avec ces équipes à l’entraînement, pourquoi ne pas rivaliser avec les équipes qu’ils affrontent en tournoi…” Après la médaille de Calvin et Rémi à Joao Pessao, en Elite, où on les voit super forts, on se dit : “pourquoi pas nous ?” Ça donne vraiment envie d’aller des chercher des médailles aussi, de vivre ce genre d’émotions.
Joadel : Les filles ont beaucoup contribué à cela aussi, Clémence (Vieira) et Aline (Chamereau). C’est une équipe qui a pu avoir des difficultés à un certain moment, des perturbations au niveau émotionnel et sportif. Et quand on voit aujourd’hui qu’elles sont dans le Top 15 mondial, vice-championnes d’Europe, etc… C’est hyper motivant ! On peut très bien partir de loin, se fixer des objectifs, construire petit à petit avec un staff qui nous entoure, des proches qui nous tirent vers le haut. Les filles nous ont vraiment amené vers cette mentalité, avec les garçons avec qui on s’entraîne, bien sûr. Quand on voit Rémi et Calvin gagner une médaille en Elite à Joao Pessoa, alors qu’on les bat 2-0 en Chine… Ça ne veut pas dire qu’on est meilleurs
qu’eux, bien sûr, mais on se dit : “pourquoi pas nous ?” Il n’y aucune jalousie, c’est le monde du sport, et ce sont des copains en dehors du terrain, mais on s’est remis en question. On s’est dit qu’on allait travailler encore plus dur, pour que ce moment arrive plus tôt que prévu.
Vous rêvez des Jeux Olympiques de 2028. On en est encore loin, mais c’est une aventure qui se construit petit à petit. Vous voilà désormais à la 37e place mondiale, est-ce que cela va changer beaucoup de choses ?
Elouan : C’est très important. Dans l’optique du développement de notre équipe, on avait fait trois tournois ensemble l’année dernière sur la tournée asiatique, pour découvrir ce niveau de tournoi. On a vraiment commencé les entraînements et la construction de l’équipe à partir de janvier. L’objectif, cette année, c’était de jouer le maximum de matchs pour prendre de l’expérience, affronter de grosses équipes, apprendre ce qu’est le très haut niveau. On est très content de notre année. En 2026, avec nos points, on sera tête de série en Challenge et en haut de qualifs en Elite, ça nous permettra de continuer à jouer ce genre de tournois, pour ensuite essayer de se placer au mieux en fin d’année pour débuter la course olympique en 2027. Pour l’instant, on est dans les clous, même un peu au-dessus de ce qu’on espérait. Maintenant, il ne nous reste plus qu’à continuer sur cette lancée.

Quelle est la suite du programme pour vous ?

Joadel : Dès jeudi, on repart à la Réunion, Téo Rotar nous rejoindra en fin de semaine. J’organise un stage d’entraînement à la Réunion, chez moi. On va entraîner des jeunes et tous types de personnes pendant une semaine, il y a une compétition pour finir, du 20 au 21 décembre, à Saint-Pierre. On aura ensuite deux semaines de vacances.